Un programme d’éducation et d’intervention sexologique
Un bel exemple de ce que peuvent faire les sexologues-éducateurs comme travail auprès des aînés!
Source: Regroupement québécois des résidences pour aînés, journal l’ADRESSE - Un programme d’éducation et d’intervention sexologique implanté dans une résidence, p.11 Par Danielle Lemieux, responsable des communications
La sexualité lorsqu’on avance en âge
Le processus de vieillissement du corps humain affecte plusieurs aspects de la vie, dont la sexualité. À la suite de la ménopause et de l’andropause, les capacités physiques diminuent et entraînent beaucoup de conséquences sur
le plan de la réponse et de l’identité sexuelle. Les hormones étant moins présentes dans le sang à cette période, l’activité sexuelle, la satisfaction sexuelle et l’imaginaire érotique tendent à diminuer. Les maladies physiques et mentales qui se développent affectent aussi grandement la personne et diminuent son intérêt envers la sexualité. Peu importe notre
âge, nous avons tous besoin d’un lien intime avec les autres, et ce, que l’on ait vécu une vie affective et sexuelle positive ou non. Nous avons, au plus profond de nous, un besoin de partager avec une autre personne et d’en tirer une expérience épanouissante.
Un programme novateur
C’est dans ce contexte que Catrine Beauséjour, sexologue bachelière, a soumis à la résidence Maison urbaine Papineau, qui accueille des personnes autonomes et semi-autonomes, un programme d’éducation et d’intervention sexologique composé de trois rencontres de deux heures.
Rencontre 1: L’impact du processus de vieillissement, des maladies et de leurs traitements sur la sexualité.
Rencontre 2: Les deuils et la sexualité
Rencontre 3: La réappropriation des sens et leur place dans la sexualité
Le programme a été conçu pour améliorer la cohésion de groupe et, ainsi, briser l’isolement. Il tenait compte des particularités de la vie en résidence, soit le manque d’intimité, l’attitude des employés et de la famille en
regard de la sexualité des résidents, le manque de partenaire, les limites physiques, la diminution des capacités cognitives et la démence. Les sujets ont été choisis en fonction des demandes et besoins relevés lors de l’analyse
du contexte d’intervention et traitaient, entre autres, du vieillissement et de ses impacts sur la sexualité, de démonstration d’affection envers son partenaire sans pénétration, de communication sur la sexualité avec les
professionnels de la santé, de ménopause et d’andropause, des troubles de la santé mentale, des effets de la médication sur la sexualité, de famille, d’homoparentalité, d’identité et d’orientation sexuelle, des rapports homme-femme, d’agressions et de violences à caractère sexuel.
La réaction des résidents
Dans le cadre de ce programme, Catrine Beauséjour a rencontré des aînés de 67 à 100 ans. Il s’agissait surtout d’hommes, pour la plupart célibataires ou veufs, et aussi d’hommes gais. Les femmes se sont avérées plus réservées, ne souhaitant pas vraiment parler de sexualité. Elles ont toutefois accepté de se confier de façon plus cachée et secrète,
mais toujours très émouvante et touchante. Au cours des premières semaines de stages, les résidents et les
professionnels se demandaient ce qu’une sexologue pouvait bien faire dans une résidence pour aînés. Malgré leur scepticisme quant à la profession, tous ont fait preuve d’une grande ouverture et de curiosité.
Peu appréciées au départ, les rencontres ont gagné en popularité, entre autres, grâce au bouche-à-oreille. À la fin du stage, plusieurs aînés ont demandé à la résidence de maintenir la sexologue en poste, et certains professionnels lui envoient encore des questions sur divers sujets reliés à leurs pratiques. Quelques résidents ont souhaité que la sexologue agisse comme intermédiaire auprès de professionnels de la santé au sujet de traitement pour les dysfonctions sexuelles ou d’effets secondaires d’un traitement médical contrevenant à leur plaisir sexuel, par exemple. Tous ont apprécié être traités avec respect et équité quels que soient leur sexe, âge, capacités physiques, orientation sexuelle, identité sexuelle, statut civil, ethnicité ou religion. Les besoins affectifs et sexuels restent importants tout au long de notre vie, et nous nous devons de les combler de la façon la plus saine possible. On oublie parfois à quel point il peut être difficile de quitter sa demeure pour vivre en résidence et on sous-estime les conséquences de la perte d’un partenaire de vie sur notre santé mentale, physique et sexuelle. Beaucoup d’aînés ont confié avoir une perception négative de leur
milieu de vie, non pas parce que les soins ou les services prodigués n’y étaient pas adéquats, mais parce qu’ils ne s’y sentaient pas heureux. Les résidences auraient avantage à mettre sur pied une équipe d’intervention interdisciplinaire, ralliant le personnel de soins de santé à un personnel de soins sociaux, psychologiques et sexologiques. Beaucoup d’études ont démontré, au cours des dernières années, qu’il y avait un lien de causalité entre la santé physique, mentale et sexuelle. tous les intervenants gagneraient à considérer tous les aspects de la vie d’une personne pour qu’elle s’épanouisse et vive plus longtemps, heureuse et en santé.
Pour plus d’informations sur le programme, communiquez avec Catrine Beauséjour, sexologue bachelière, catrine.beausejour@gmail.com ou 514 638-2023.




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