La souffrance derrière le sourire: une victime d’abus sexuels se confie
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Un article de Matthieu Boivin publié dans le journal Le Soleil, le 6 mars 2012
(Québec) Le sourire radieux de Geneviève Dubé-Ouellet ne laisse pas deviner qu’elle a été marquée durant son adolescence par les nombreux abus sexuels que lui a fait subir un proche.
La jeune femme aujourd’hui âgée de 26 ans a accepté de témoigner au Soleil des sévices qu’elle a subis, afin d’inciter les victimes à dénoncer leur agresseur et à aller chercher l’aide psychologique dont elles ont besoin.
À la fin des années 90, Geneviève vit au sein d’une famille où violence et pauvreté se côtoient, à Princeville, et ensuite, à Saint-Narcisse, en Beauce. Sa mère se fait battre par son beau-père. Elle et ses frères ne mangent pas toujours à leur faim, raconte-t-elle.
Durant plus d’une année et demie, elle se réfugie régulièrement chez sa cousine, qui habite Saint-Bernard. À cet endroit, elle mange ses trois repas par jour et obtient l’écoute dont elle a tellement besoin.
Malheureusement, le conjoint de sa cousine, Henri Champagne, deviendra alors son bourreau durant toute cette période.
Champagne profite de l’absence de sa conjointe pour agresser l’adolescente d’une douzaine d’années. Comble de malheur, Champagne est alors assigné à résidence 24 heures sur 24 en raison d’une peine d’emprisonnement dans la collectivité qu’il s’est fait imposer par le tribunal.
Un soir, il lui baisse ses pantalons afin de lui faire un cunnilingus. À d’autres reprises, Champagne lui montre des films pornos et lui indique comment il veut se faire prodiguer une fellation. Ce sont ensuite des pénétrations complètes. Champagne agresse même la jeune fille avec un ami à une reprise. Des scènes qui se répètent à plus d’une centaine de reprises.
Tenter d’oublier
«Plus tard, tu te rends compte que tu t’es fait enlever ton enfance et ta virginité», explique celle qui a demandé et obtenu la permission du tribunal afin de lever l’interdiction de publier son identité dans les médias. «Il s’est donc attaqué à ce qu’il y a de plus précieux dans ma vie.»
Les agressions arrêtent du jour au lendemain, en septembre 1998, quand la mère de Geneviève décède d’un cancer. Elle est placée dans une famille d’accueil et tente alors d’oublier ces mauvais souvenirs. Mais en 2008, elle retrouve ses frères au mariage de son frère jumeau, en Saskatchewan. À leur contact, elle revit des flashbacks de ces agressions.
Après avoir passé plusieurs années dans l’Ouest canadien, elle revient chez sa mère adoptive, Sylvie Lamontagne, qui habite aussi à Saint-Narcisse. En novembre 2009, elle parle à une amie de ce que Champagne lui a imposé au fil des ans, amie qui l’incite à porter plainte. Elle rencontre l’enquêteur de la Sûreté du Québec Julien Lemieux durant neuf heures afin de détailler les sévices subis. La Couronne autorise plus tard la plainte au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce, et le délinquant est arrêté.
Début de la réhabilitation
En entrevue, Geneviève avoue que le dépôt de cette plainte a été le début de son processus de réhabilitation. Elle a reçu du soutien, notamment d’un centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.
Mais la douleur est toujours vive. Elle perd de nombreux emplois, car elle pense toujours aux agressions dont elle a été victime et elle n’est pas productive au boulot. Elle déménage à plus de 10 reprises en deux ans, comme si elle fuyait encore son passé.
«Malgré tout, elle a parcouru beaucoup de chemin, affirme sa mère adoptive. Quand elle est revenue de rencontrer l’enquêteur, je l’ai bercée comme un bébé de deux ans. Aujourd’hui, elle fait lever l’interdiction pour parler d’elle dans les journaux. Elle est forte.»
Geneviève avoue qu’elle parle maintenant ouvertement de ce qui lui est arrivé, afin de se libérer de son cauchemar. Elle a longtemps été incapable d’en discuter, car elle se sentait coupable de ce qui était arrivé.
«Aujourd’hui, j’en parle aux hommes qui m’entourent et à des amis. Il y a deux ans, j’en parlais à personne, car je me sentais tellement dégueulasse [...] d’avoir laissé ça aller.»
Le processus de guérison s’est poursuivi, hier matin, au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce, quand elle a dit pour la première fois à son agresseur les torts qu’il lui a causés, lors des représentations sur la peine. Après avoir témoigné, elle est passée à ses côtés et elle l’a foudroyé du regard.
«Tantôt, à la cour, c’était un renversement de situation, explique-t-elle. C’est moi qui avais le pouvoir sur lui. Il payait alors pour ce qu’il avait fait.»
La jeune femme incite les victimes à dénoncer leurs agresseurs, et surtout, à chercher l’aide dont elles ont besoin, «parce que ça libère». De plus, elle souhaite parler de son expérience dans les écoles secondaires, afin de sensibiliser les ados à l’importance de rapporter tout geste criminel dont ils pourraient être victimes ou témoins.
«Ce qui m’est arrivé, c’est grave. On ne peut pas faire ça à un enfant, car on lui enlève sa joie de vivre.»
Geneviève compte retrouver sa joie de vivre, alors qu’elle commence très bientôt un nouvel emploi. Elle partage aussi sa vie avec un homme qu’elle aime.
Sept ans de prison pour «réfléchir»
Estimant que le délinquant Henri Champagne, 49 ans, ne regrette pas les gestes posés sur Geneviève Dubé-Ouellet et qu’il représente un risque de récidive, le juge Hubert Couture lui a imposé une peine de sept ans de pénitencier, hier après-midi, au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce.
L’avocate de la Couronne, Me Audrey Roy-Cloutier, avait demandé une peine variant entre six et sept ans, alors que la défense, représentée par Me Caroline Rouleau, avait plutôt avancé qu’une peine variant entre deux et trois ans était pertinente.
Voulant dénoncer la gravité des gestes posés, le juge Couture a été très incisif dans sa décision. Champagne avait notamment indiqué à son agent de probation que c’est l’adolescente qui l’aurait incité à avoir des relations sexuelles à la suite de gestes provocateurs qu’elle aurait posés à son égard.
Alors qu’elle était allée chercher du réconfort chez sa cousine et chez Champagne, «au lieu de cela, elle a vécu un autre enfer», a affirmé le juge Couture. Ce dernier a terminé l’explication de la peine en parlant directement au délinquant, en lui disant «vous aurez le temps de réfléchir», derrière les barreaux.
Référence: La souffrance derrière le sourire: une victime d’abus sexuels se confie




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